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  • Gallican. gallicanisme
    État d'esprit, tendance de l'opinion ecclésiastique et parlementaire qui vise à limiter l'ingérence du Saint-Siège dans la vie religieuse propre des catholiques français, en s'appuyant sur d'anciens droits. Cette tendance à l'indépendance s'est particulièrement manifestée à certains moments de l'histoire : au moment du conflit entre le roi Philippe IV le Bel (1284-1314) et le Pape Boniface VIII (1294-1303), puis au début du Grand Schisme (1378-1417), aux Pragmatique Sanction de Bourges (1438) et du Concordat de Bologne (1516). Plus tard au XVIIe siècle, lors du conflit entre Louis XIV et Innocent XI (cf. Déclaration des 4 Articles de 1682, vraie charte du gallicanisme), à l'occasion de la dissolution de la Compagnie de Jésus (1762), puis au moment de la crise janséniste, enfin sous la Révolution française et au moment du Concordat de 1801. En fait, c'est une tendance toujours latente qui peut resurgir à tout moment, chaque fois qu'une quelconque méfiance ou hostilité envers Rome peut se manifester.
  • La relation entre le Roi et le Pape
    Exerçant d'importantes responsabilités à l'égard du clergé du royaume, dont il nommait, on l'a vu, les principaux dignitaires, le souverain français était le garant et le protecteur des libertés de l'Église gallicane. À ce titre, il était en relation constante avec le Saint-Siège. À Rome, l'ambassade de France, qui siégeait au palais Farnèse, était au cœur d'un quartier bénéficiant en quelque sorte d'un privilège d'extraterritorialité. En 1662, une échauffourée éclata entre les Français de l'ambassade et quelques gardes corses au service du Saint-Siège, faisant une dizaine de victimes à proximité du palais Farnèse. Par le traité de Pise de 1664, Louis XIV obtint du pape des excuses publiques, qui lui furent présentées la même année à Fontainebleau par le cardinal Chigi, le propre neveu d'Alexandre VII. À la faveur de cette crise diplomatique, les membres de la faculté de théologie de la Sorbonne mirent au point en 1663 une déclaration résumant les libertés de l'Église gallicane : il était ainsi rappelé, entre autres, que le pape ne pouvait s'immiscer dans les affaires temporelles du souverain français. Dès son avènement en 1676, le pape Innocent XI s'attela à mettre fin au privilège des franchises des ambassades, qui constituait à ses yeux un empiétement sur sa souveraineté de prince temporel. S'il parvint à régler cette question avec les différentes puissances d'Europe représentées à Rome, il se heurta au refus de la France. Les relations d'Innocent XI avec Louis XIV se dégradèrent encore davantage avec l'affaire de la régale : depuis 1673, Louis XIV avait étendu aux diocèses méridionaux du royaume son droit de percevoir les revenus d'un évêché (regalia jura) pendant la période de vacance de ce dernier. En 1680, devant le refus du souverain français de renoncer à l'extension de son droit de régale, Innocent XI expédia à Louis XIV une lettre officielle le menaçant de la colère divine et lui rappelant que le roi Henri III avait été privé de descendance pour avoir envisagé de contrarier les prérogatives du Saint-Siège. Innocent XI blessa également les prélats français, à qui il reprocha leur attitude trop soumise au roi. En 1682, l'assemblée du clergé, réunie à Paris, s'inspira du texte de 1663 pour publier la fameuse déclaration dite des Quatre Articles réprouvant tout empiétement du pape dans les affaires temporelles du roi et soumettant l'autorité du Saint-Père, dénué d'infaillibilité personnelle, au consentement de l'Église de France. À partir de 1682, Innocent XI refusa d'investir tous les évêques nommés par le roi, au motif qu'ils avaient signé la déclaration des Quatre Articles. Louis XIV aurait alors pu se passer de l'accord du pape et instituer, sur le modèle anglais, une Église de France autonome. S'il refusa d'aller jusqu'au schisme, ce ne fut pas sans dommages pour les diocèses de son royaume, qui furent jusqu'à trente-cinq à être dépourvus d'évêques du fait de la rupture introduite par Rome au bon fonctionnement du système issu du concordat de 1516. C'est seulement après la mort d'Innocent XI, en 1689, que vint l'heure de la réconciliation entre la France et le Saint-Siège, pleinement scellée en 1693 (sous la papauté d'Innocent XII)
  • Collège de la Sorbonne
    Dès le XVIe siècle l'usage s'était imposé de prendre la partie pour le tout et de désigner communément le corps de la faculté de théologie de Paris par le nom d'un seul collège, celui de la Sorbonne. Les autres familles constitutives de la faculté, celle des navarristes, fiers de leur fondation royale, de leur société et de leurs chaires, celle des ubiquistes, dispersés mais nombreux, celle des réguliers des ordres monastique, canoniaux et mendiants, ne cessaient de protester contre une assimilation abusive mais légitimée par la position prééminente de la Sorbonne. L'antique fondation créée en 1251 par Robert de Sorbon pour les pauvres maitres, approuvées dès 1258 par la papauté, avait traversé les siècles en conservant à peine altérés ses statuts, ses coutumes et son esprit. (…) À sa prospérité interne et à la renommée de son savoir, la Sorbonne ajoute la considération que lui vaut sa place dans la vie de la faculté de théologie. Pas plus que l'université elle-même, celle-ci ne dispose d'une véritable organisation matérielle, locaux d'administration et d'enseignement. C'est à la Sorbonne que sont attachées plus de la moitié des chaires professorales, de fondation royale ou privée, six puis sept, le collège en choisit les titulaires, qui font partie de la société, et les cours sont données dans ses écoles extérieures pour l'ensemble des étudiants de la faculté. (…) C'est encore dans son aula major que se déroulent les réunions officielles de la faculté, celles de prima mensis et les séances extraordinaires provoquées par la discussion, souvent très animée, des problèmes soulevés par les controverses doctrinales et par la politique ecclésiastique. De la censure d'Arnauld en 1656 à l'acceptation de la bulle Unigenitus en 1714 et à l'appel au concile général de cette bulle en 1717, sans oublier la condamnation des rites et termes chinois en 1700, la grand-salle de la Sorbonne a entendu plus d'un débat entre adversaires également rompus aux joutes scolastiques. Jamais il n'y eut uniformité de vues dans le corps de docteurs, comme l'écrivait Bossuet en 1697 : « En ce siècle, notre mère la faculté a toujours été Rebecca, elle porte en son sein la guerre et le choc de deux partis, richérisme et duvalisme, jansénisme et molinisme, quiétisme et scolastique ». (…)
  • Collège de Navarre
    Collège de l'Université de Paris fondé en 1304 par testament de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel. A l'origine, 70 étudiants en grammaire, théologie et philosophie occupèrent l'hôtel de Navarre. Ils furent transférés dans un nouvel établissement construit sur la montagne Sainte-Geneviève à partir de 1309. Le roi était toujours premier boursier de ce collège, destiné aux plus grandes et riches familles du royaume. En 1636 et 1638, deux collèges voisins, de Tournai et de Boncourt, lui furent rattachés. Ils fut supprimé en 1793, et ses bâtiments occupés par l'École Polytechnique à partir du 11 novembre 1805 Avec le Collège de la Sorbonne, c'est l'un des plus prestigieux collèges de formation du clergé de l'époque. Il produit de nombreux ecclésiastiques et théologiens depuis le Moyen Âge, dont le cardinal de Richelieu. Bossuet était diplômé du Collège et sa campagne de signatures qui condamne le quiétisme s'appuyait largement sur les réseaux de ce collège.
  • Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr
    Avec l'hôtel des Invalides (1674) et l'ordre militaire de Saint-Louis (1693), la maison de Saint-Cyr (1686) passe d'un commun accord pour l'une des plus heureuses créations d'intérêt public de Louis XIV, que Napoléon tint à restaurer sous la forme des maisons d'éducation de la légion d'honneur. Institution de charité et d'enseignement confier à un ordre religieux fondé à cette fin, cloitre et pensionnat établi aux grilles de Versailles, entretenu et administré par la Couronne, Saint-Cyr a offert au couple des fondateurs, Louis XIV et Madame de Maintenon, un lieu de retraite spirituelle et d'intimité au sein d'une famille d'adoption formée de jeunes filles et de dames issues de la noblesse militaire. Aux origines de cet établissement unique, le désir de l'épouse du Roi d'épargner à des enfants, d'une noblesse pauvre parfois jusqu'à l'indigence, les épreuves qu'elle avait traversées ; sa vocation et sa capacité à instruire, à diriger l'éducation et la formation religieuse et morale des jeunes filles ; la convenance d'accroitre par une œuvre .éclatante sa réputation de charité et de dévotion ; le gout et le besoin d'administrer et moindres détails ; l'attrait d'une résidence inaccessible à la Cour, recueillie mais égayée d'une perpétuelle jeunesse, qui lui offrirait après la mort du Roi un asile sûr et une sépulture digne de son rang de « quasi-reine ».(…) La maison fut inaugurée le 2 aout 1686. Avec l'arrivée des jeunes filles installées depuis 1684 au château de Noisy après l'avoir été à Rueil en 1682. Madame de Maintenon jouait le rôle d'une véritable « abbesse du dehors », en vertu du brevet royal qui lui assurait dans la communauté « toute prééminence, honneurs, prérogatives, appartenir à un fondateur ». (…) Retirée à la maison de Saint-Louis avant même le dernier soupir du Roi, Madame de Maintenon n'en sortit jamais jusqu'à sa mort en 1719 et transmit à la nouvelle génération un trésor de souvenirs, soigneusement choisis, sur la cour de Versailles et son souverain.
  • Explication des maximes des saints sur la vie intérieure
    La doctrine que Fénelon présente dans son Explication des maximes des saints sur la vie intérieure (1697) porte sur la nature de l’amour parfait de Dieu. Loin de la présenter comme une invention tirée de son esprit, Fénelon se recommande de la plus ancienne tradition théologique et mystique de l’Église. Il s’agit donc d’un exposé de théologie et de spiritualité positives, non d’une quelconque spéculation philosophique. Et ce n’est pas seulement sur les plus grands docteurs de l’Église ancienne (saint Augustin, saint Jean Chrysostome, saint Clément d’Alexandrie, etc.) autant que médiévale (saint Thomas, saint Bernard) qu’il appuie sa démonstration, mais, avant tout, sur les données les plus certaines des Écritures, plus particulièrement sur la leçon de saint Paul. C’est, en effet, l’auteur de la Ire épître aux Corinthiens qui affirme de la charité (agapè) qu’elle « ne cherche pas son intérêt » (13,5).
  • Cum alias
    Le pape hésite, mais finalement, le 12 mars 1699, Innocent XII décide de trancher. La commission chargée d’examiner les Maximes des Saints de Fénelon extrait vingt-trois propositions sur l’idée quiétiste du pur amour de Dieu. Le bref pontifical Cum Alias ad apostolatus consacre la victoire totale de Bossuet et de ses partisans contre l’archevêque de Cambrai. Le frère minime, Zacharie Roslet écrit à Noailles : « J’envoie à Votre Grace la peau du lion qui nous a fait tant de peine et qui a étonné le monde par ses rugissements continuels pendant plus de vingt mois. » Dès la décision pontificale connue, Fénelon se soumet et publie un mandement pour en informer ses diocésains (...)La déclaration de Mgr de Fénelon est intéressante à plus d’un titre. Elle manifeste d’abord la soumission absolue d’un archevêque français aux décisions du Saint-Siège, ce qui fait rentrer fermement le prélat dans le camp ultramontain qui reconnaît la suzeraineté absolue du pape en matière de dogme et de discipline ecclésiastique. L’autre aspect qui ressort de ce mandement est la référence janséniste. Fénelon se soumet « simplement, absolument et sans ombre de restriction » au bref Cum Alias ; cela le différencie des jansénistes qui depuis le milieu du XVIIe siècle distinguent le droit du fait dans la condamnation des cinq propositions de Jansénius, entraînant, selon Fénelon, une crise du ministère de la parole ecclésiastique. Seulement, Cum Alias n’est pas une bulle mais un simple bref28. Bossuet et le roi enjoignent aux archevêques du royaume de publier la condamnation pontificale lors de synodes provinciaux. L’archevêque de Paris et ses suffragants vont encore plus loin et, dans le concile provincial du 13 mai 1699, ils demandent la suppression des écrits de Fénelon : « chaque évêque fera son mandement de la façon la plus simple, en y insérant la constitution en français et en interdisant de lire et de garder les livres condamnés ». Noailles publie son mandement en août. Le texte, comme ceux de ses confrères dans l’épiscopat, n’est pas la simple acceptation d’une décision pontificale, mais manifeste que l’archevêque de Paris agit en assesseur du pape, jugeant et se prononçant avec lui. Il n’est qu’un primus inter pares et les évêques, successeurs des Apôtres, sont juges de la foi autant que lui.
  • Unigenitus
    Texte du Pape Clément XI (8 septembre 1713) pourtant condamnation de 101 propositions du jansénise Pasquier Quesnel (Nouveau Testament en français avec des Réflexions morales sur chaque verset) sur la grâce, la morale, la pénitence, la lecture de l'Écriture, Suscita une vive opposition d'une partie de l'épiscopat (notamment derrière Mgr de Noailles, archevêque de Paris)
  • Congrégation du Saint-Office
    Les congrégations romaines sont les grands ministères du Saint-Siège. Elles tirent leur nom des assemblées spécialisées de cardinaux réunies par le pape au XVIe siècle pour le conseiller sur les affaires arrivant à Rome. Pour ce faire, elles ont supplanté les consistoires généraux, qui avaient eux-mêmes remplacé, au XIe siècle, les convocations du prebysterium romain. La première, apparue le 21 juillet 1542, fut la Congrégation de la Sainte, Romaine et Universelle Inquisition. Près d'un demi-siècle après, Sixte Quint fit des quinze congrégations créées par lui la composante essentielle du gouvernement pontifical et c'est ainsi qu'elles se présentent encore de nos jours, bien que complétées par les conseils pontificaux, les tribunaux apostoliques et les offices de la Curie romaine. Organismes décisionnels, les congrégations jouissent du pouvoir de gouvernement ordinaire puisqu'attaché par le droit à leur compétence ; mais ce pouvoir ne leur est pas propre, il s'agit seulement d'un pouvoir vicarial dans la mesure où il s'exerce au nom et à la place du pape, titulaire de la réalité du pouvoir suprême dans l'Église.
  • Mystique
    Celui qui recherche, par la méditation intense et l'élan personnel, allant parfois jusqu'à l'extase, la contemplation et l'union intime avec Dieu. Toutes les grandes religions ont leurs mystiques. Hildegarde de Bingen (1098-1179), sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), saint Jean de la Croix (1542-1591), sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897) furent de grands mystiques chrétiens. La mystique désigne les pratiques, les connaissances, les attitudes mentales conduisant à une telle union, Par extension, toute doctrine ou œuvre spirituelle traduisant cette démarche spirituelle. Le mysticisme serait plutôt l'attitude religieuse de ceux qui recherchent ce type de relation avec le divin ; le terme, proche de celui d'illumination, peut parfois de ce fait comporter une certaine connotation péjorative.
  • Le bref et la bulle
    Bulle: Petite sphère de métal, précieux (or) ou non (plomb) marquée au chiffre du Pape qui sert à sceller certains documents. Par extension, désigne le document lui-même (Ex. la bulle Unigenitus du 8 septembre 1713). Bref…Toute lettre apostolique courte, moins importante qu'une bulle, le plus souvent scellée par anneau du pêcheur.
  • Conférence d'Issy
    Les pensées de Madame Guyon sont toujours considérées comme hérétiques après la vérification par Bossuet en 1693, et Fénelon, qui la défend, n'a pas cédé. En 1696, le roi fait constituer une commission pour s’intéresser au quiétisme de Madame Guyon. De juillet 1694 à mars 1695, Fénelon, Bossuet, Noailles et Tronson se réunissent à Issy. Cette conférence condamne 34 propositions quiétistes. Elle affirme, "les obligations du christianisme positif, tout en admettant, à la demande de Fénelon, les principes essentiels de la perfection mystique, atteinte exceptionnellement par quelques grands saints. " Avec cette conférence, Madame Guyon est obligée de quitter Paris, et Fénelon est envoyé à Cambrai. Le débat sur le quiétisme semble ainsi réglé en France, mais la publication de l'Explication des maximes des saints de Fénelon en 1697 ravive la controverse, qui implique cette fois le Saint-Siège.
  • Pasquier Quesnel
    Le chef de file du second jansénisme. Réfugié à Bruxelles en 1684, où l'assemblée de l'oratoire avait voulu lui imposer la signature d'un formulaire sur le jansénisme. De 1704 à sa mort, il vécut aux Provinces-Unies, où il contribua à préparer la rupture avec Rome de l'église d'Utrecht.
  • Jansénisme
    Ce mouvement théologique de l'Église moderne (de la fin du XVIe au XVIIIe siècles) possède de nombreuses composantes spirituelles, ecclésiologiques, politiques et sociales. Il est à considérer à la lumière de la grande controverse sur le libre arbitre et la grâce, qui naît avec Luther, réfuté par Érasme (Humanisme chrétien), et Calvin. Le Concile de Trente, en donnant des définitions sur la collaboration de la liberté de l'homme à la grâce qui est toujours première, n'a pas entendu régler l'agencement des notions. C'est pourquoi, dans le catholicisme, des écoles de théologie s'affrontent dès le lendemain du Concile. La Papauté demande aux professeurs dominicains (S. Dominique) et jésuites (S. Ignace) de cesser leurs controverses sur ce sujet. Mais la lutte reprend lorsque certains théologiens réfutent la doctrine jésuite en la matière. Le jansénisme proprement dit est issu du théologien Cornelis Jansen (1585-1638), dit Jansénius, évêque d'Ypres en 1633. Sa doctrine contenue dans l'Augustinus, publié en 1640, donc après sa mort, est diffusée par son grand ami, Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643), plus connu sous le nom de son abbaye poitevine, Saint-Cyran. Admirateur de Bérulle, mais adversaire du cardinal de Richelieu qui va jusqu'à l'emprisonner pour des raisons théologiques et politiques, Saint-Cyran est le véritable porte-parole de l'augustinisme janséniste en France. Au début du XVIIIe siècle il devient un parti dans l'Église. C'est une nouvelle génération qui l'anime : le neveu de saint-Cyran, Barcos, et Pasquier Quesnel (1719), oratorien (S. Philippe Néri) et disciple du Grand Arnauld. Ce parti janséniste résiste lorsque Louis XIV décide d'en finir avec ces opposants au pouvoir absolu. Les moniales de Port-Royal sont dispersées et le monastère de la vallée de Chevreuse est rasé. Clément XI prononce la condamnation du jansénisme par la bulle Unigenitus de 1713. Désormais le jansénisme va verser dans les phénomènes mystiques avec les convulsionnaires de Saint-Médard autour de la tombe du diacre Pâris (♰1727), mais aussi dans le schisme. En 1723, un archevêque janséniste est consacré à Utrecht en Hollande où d'ailleurs le Grand Arnauld s'était exilé, inaugurant une Église séparée de la communion romaine. L'ecclésiologie janséniste, d'abord gallicane et épiscopalienne, s'est muée ensuite, chez Quesnel, en une insistance sur le rôle des prêtres, qui forment la structure démocratique de l'Église (Gallicanisme). Ceci explique peut-être en partie la rupture avec la Papauté. Le jansénisme est un phénomène complexe. Pierre Chanu a pu distinguer un jansénisme des ''terres abritées'', Normandie, Poitou, Champagne, par exemple, plus revendicateur, négatif et même archaïque, et un jansénisme des frontières de la catholicité, Pays-Bas ou Lorraine, qui se situent en réaction ou surenchère par rapport au protestantisme, pour manifester que, dans le catholicisme aussi, il y a un primat de la grâce et une radicalité du comportement moral. Alors même que par bien des aspects (dévotion à l'Eucharistie, culte marial, retrait du monde) le jansénisme se démarque de la théologie protestante, dans les conflits sur la grâce, leurs positions sont proches. Les reproches de ''calvinisme'' et de ''républicanisme'' faits au jansénisme par la monarchie absolue, témoignent de cette identification. Condamné sur le plan dogmatique, battu en brèche par Louis XIV dans le domaine politique et social, le jansénisme va en fait subsister dans le peuple chrétien par une certaine mentalité moralisante et rigoriste qui marque profondément le catholicisme des siècles suivants (sens aigu du péché, peur de la damnation, rigorisme). La réaction récente en montre paradoxalement l'importance historique.
  • Quiétisme
    Le quiétisme doit être défini à partir des condamnations portées, par la justice pontificale contre ceux que l'on appela « quiétistes » dans les années 1680. Le terme, forgé sur le substantif latin quies, qui signifie repos, veut caractériser ces hommes et ces femmes que l'on accuse de s'adonner improprement et exagérément à l'oraison de quiétude pendant laquelle l'âme ne produit plus d'actes de réflexion, d'amour ou de volonté, mais s'abandonne totalement à l'amour divin. L'affaire commence le 18 juillet 1685 avec l'arrestation à Rome, par la garde pontificale, d'un prêtre espagnol de cinquante-huit ans, Miguel Molinos venu à Rome en 1663 pour pousser le procès de béatification d'un de ses illustres concitoyens de Valence, Francesco Jeronimo Simo (♰1612). Sa fonction de postulateur lui laisse le loisir de dinger quelques consciences romaines et de rédiger la synthèse de sin expérience en la matière dans un ouvrage qu'il publie en espagnol, à Rome, en 1675 sous le titre Guìa espiritual. Le livre, traduit en italien en 1677, puis en français en 1688, remporte un franc succès, mais déclenche une longue polémique avec les jésuites qui se veulent les défenseurs de la médiation traditionnelle face à ces « nouveaux contemplatifs » qu'ils jugent dangereux. Molinos disposant de la protection d'évêques et de cardinaux, ce sont ses adversaires jésuites qui subissent censure et condamnation e n1681 et 1682. …Miguel Molinos est condamné le 3 septembre 1687 à la prison à vie tandis que 68 propositions qu'il reconnait comme fidèles à sa pensée sont condamnées par la bulle Coelestis Pastor du 19 novembre 1687 : l'acte de naissance officiel de la dernière hérésie est signé. Que reproche-t-on aux quiétistes ? Premièrement, d'après les 68 propositions de la bulle Coelesitis Pastor, des théories erronées sur l'oraison de quiétude qui tourneraient d'une part au panthéisme par l'anéantissement de l'âme en Dieu et d'autre part à l'indifférence morale à cause d'une prétendue impeccabilité obtenue par le spirituel lorsqu'il a atteint le stade du repos et de l'oraison acquise. Deuxièmement, du fait de cette impeccabilité, des pratiques « abominables » entre directeurs de conscience et dirigées (« violences » charnelles d'origine diabolique auxquelles il ne faut pas résister). Les historiens et les théologiens conviennent aujourd'hui que les propositions des bulles et brefs sur le premier thème sont introuvables dans les ouvrages des prétendus « quiétistes ». De même, les accusations sur leurs mœurs sont fondées sur des dénonciations mensongères et des faux construits de toutes pièces, que ce soit pour Molinos (♰1696) qui vécut et mourut pieusement, pour le père de La Combe que ses « aveux » rendirent fou, ou pour Mme Guyon dont Bossuet ne réussit jamais à ternir la réputation. Les fondements des accusations portées contre les « quiétistes » sont plutôt à chercher du côté des accusateurs romains, qui expriment dans ces occasions leurs craintes et leurs fantasmes. Les accusations de panthéisme et d'indifférence morale sortent directement des procès faits par l'Inquisition aux bégards, aux béguines et aux frères du Libre Esprit au XIVe siècle et plus récemment aux Alhumbrados espagnols du XVIe ou aux Pelagini de Brescia en 1657. Les accusations de mœurs dissolues proviennent des mêmes sources, mais rendent aussi compte de la véritable obsession charnelle de nombreux esprits religieux de l'époque, obsession qui s'exprime sous couvert de diableries. D'autres sujets brûlants de la vie religieuse du XVIIe siècle affleurent dans les propositions condamnées en 1687 : le poids excessif des mortifications, des fêtes liturgiques, de la confession ou du contrôle des supérieurs et des évêques. De même, leur directeur, qui pouvaient être des bouffées d'air, parfois des lieux d'amour pur, ont toujours inquiété les supérieurs. La conséquence majeure de la condamnation des quiétistes fut de jeter l'opprobre, pour plusieurs siècles, sur la mystique et d'assécher la vie religieuse au XVIIIe siècle. Bibliographie Levillain, Philippe, sous la direction de Philippe Levillain, and comité scientifique composé de Philippe Boutry, Olivier Guyotjeannin, Philippe Levillain. [et al.]. Dictionnaire Historique de la papauté. Fayard, Paris, 1994) p.1413-1414 «Quiétisme»