Gabriel de La Cropte de Chantérac
(1643-1715)
Un des proches collaborateurs de Fénelon à Cambrai. Né vers 1640, il est un lointain parent du prélat par Louise de la Cropte de Saint-Abre, mère de Fénelon. Clerc du diocèse de Périgueux, on le retrouve au séminaire de Saint-Sulpice de 1662 à 1668. Il y précède donc le futur archevêque. A cette date, de nouveaux liens matrimoniaux rapprochent encore les lignages des deux hommes car David-François de la Cropte, frère de Gabriel, épouse une des nièces de Fénelon.(…)
Le 8 juin 1675, le nonce Spada approuve sa nomination comme supérieur et recteur du couvent Saint-Joseph des carmélites déchaussées de Bordeaux. Il est reconduit à plusieurs reprises à cette fonction qu’il occupe encore en 1695. Ce ministère de direction spirituelle l’a fortement marqué. Il est souvent évoqué dans sa correspondance échangée avec Fénelon. Ce fut également pour lui l’occasion d’entretenir des liens épistolaires avec M. Tronson, supérieur de Saint-Sulpice, qui lui donna quelques conseils. Il semble d’ailleurs bien remplir sa mission.
En 1676, l’évêque de Sarlat, oncle paternel de Fénelon, lui demande de devenir son vicaire général. Chantérac hésite un peu, mais Tronson le presse d’accepter sans toutefois abandonner les carmélites. (…) Chantérac quitte ce diocèse. Le 11 novembre 1690, il est pourvu d’un canonicat de la cathédrale de Chartres par l’évêque du lieu Paul Godet-des Marais. Après sa nomination à l’archevêché de Cambrai, le 4 février 1695, Fénelon lui demande de l’assister dans ce nouveau ministère. En août, Chantérac, avec quelques autres ecclésiastiques, l’accompagne pendant le voyage qui le mène pour la première fois dans sa ville épiscopale.
Exilé loin de la cour, obligé de se retirer dans son archevêché, Fénelon se consacre à l’explicitation de ses écrits, de ses positions et aux affaires de son diocèse. Pour le seconder, il compte sur ses parents et ses amis qui sont venus le rejoindre. Il mobilise leur personne et leur énergie et ils lui sont entièrement dévoués.
En 1696, à 56 ans, l’abbé de Chantérac abandonne son canonicat chartrain pour venir demeurer à Cambrai. Le 10 mars, Fénelon, pour assurer sa subsistance, lui cède son prieuré de Carennac (diocèse de Sarlat). Le 22 juin, il en fait son vicaire général. Par la suite, il le fait entrer au chapitre métropolitain et en 1700, il le désigne à l’archidiaconé de Brabant.
Chantérac apparaît comme le véritable homme de confiance de Fénelon. Au mois d’août 1697, alors que Fénelon a reçu l’ordre de se retirer dans son diocèse et que l’interdiction de se rendre en personne à Rome pour justifier ses positions lui a été signifiée, Chantérac, en son nom, multiplie les rencontres à Paris. Ainsi, par exemple, il se rend à plusieurs reprises chez le nonce ou à Saint-Sulpice. Le 2 septembre, il prend la route pour Rome et pendant deux années, il y défend l’archevêque. Il rencontre à plusieurs reprises Innocent XII. Il fait le tour des cardinaux et des autres prélats influents de la curie pour les gagner à sa cause.
Pour l’historien, cette période est très riche en documents. En effet, Chantérac rend compte fidèlement de sa mission à Fénelon. La correspondance entre les deux hommes est très abondante pendant ces deux années. Et si l’affaire en cours en constitue l’objet central, elle est émaillée de très nombreux témoignages d’amitié réciproque qui en dit long sur la nature des relations entre les deux hommes. Notons toutefois qu’il n’y a plus de lettres échangées entre eux après le séjour romain de Chantérac. Cela se comprend aisément puisqu’il est ensuite constamment aux côtés de Fénelon et l’accompagne même dans ses déplacements, partageant à nouveau son intimité à Cambrai. Il sort de la lumière pour entrer à nouveau dans l’ombre, pour se placer à nouveau dans le sillage du prélat.
La confiance de Fénelon en Chantérac est très grande. Voici, à titre d’exemple, ce qu’il écrit au pape en 1697, dans la lettre de recommandation qui accompagne Chantérac à Rome : Si jamais j’ai souhaité quelque chose, c’est d’aller me prosterner aux pieds de votre Sainteté et de lui ouvrir le fond de mon cœur. Mais puisque la permission m'est refusée d’aller à Rome, j’envoie en hâte le vénérable abbé de Chantérac pour montrer mes écrits, pour expliquer la doctrine du petit livre, pour me soumettre tout entier, avec mon petit ouvrage, à Votre Sainteté. Cet abbé est d’une famille noble et illustre, d'une habileté remarquable dans l’administration des affaires de l'Église, d'une rare piété, théologien d’une grande pénétration d’esprit et très attaché à la vérité. Il est mon parent ; après avoir été le principal soutien de mon oncle l'évêque, il est maintenant l'ornement et l’exemple de l'Eglise de Cambrai, où je l'ai appelé il y a deux ans, pour partager avec moi le fardeau d'une lourde administration.
Et de fait, l’action de Chantérac fut sans doute déterminante. Il se dépensa sans compter au service de son parent, en dépit d’une santé parfois un peu défaillante et toujours sollicitée par le climat romain. Son adversaire en la place n’est autre que le neveu de l’évêque de Meaux, l’abbé Bossuet, venu défendre les arguments de son oncle. De retour dans l’intimité du prélat, à Cambrai, cette confiance demeure indéfectible. Fénelon l’associe au gouvernement pastoral de son diocèse et a recours à ses services pour recevoir des lettres de ses correspondants tout en contrant le zèle des espions indiscrets.
Annaert, Philippe, et al. Fénelon, Évêque Et Pasteur En Son Temps (1695-1715). Edited by Philippe Guinet, and Gilles Deregnaucourt. Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 1996