Antonio Pignatelli (Pape Innocent XII)
(1615-1700)
Du Molinet, Claude (1620-1687), Historia summorum pontificum a Martino V. ad Innocentium XI. per eorum numismata , ab anno M.CCCC.XVII ad ann M.DC.LXXVIII. A. R. P. Claudio Du Molinet canonico regulari Congregationis Gallicanæ.[Gravure] Source gallica.bnf.fr / BnF https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96338973/f9.item#
Les historiens ont reconnu à Pignatelli, l'évêque de Naples, de la modération, une profonde religiosité et un grand amour pour les pauvres. Il fut élu pape le 12 juillet 1691, à l'âge de soixante-seize ans dans la situation extrême politique. Innocent XII se distingue par un certain équilibre de ses positions et, en tout cas, par une certaine autonomie dans ses choix de gouvernement. Il diffère beaucoup du style de son prédécesseur, Alexandre VIII, et se rapproche de celui, plus nettement religieux, d'Innocent XI, sous la protection duquel avait eu lieu sa carrière à la Curie. Il s'en inspire parfois directement, comme dans le cas de la bulle contre le népotisme Romanum decet Pontificem du 22 juin 1692, qu'il voulut fermement comme un acte distinctif de son pontificat, en dépit des résistances de nombreux prélats romains.
L'opposition doctrine entre Bossuet et Fénelon, qui atteignit sa phase la plus aiguë dans les dernières années du XVIIe siècle, fut une affaire très pénible à propos de laquelle on demanda à Innocent XII de prendre position. Le problème qui se trouve au centre de la longue dispute qui opposa les deux grands évêques et écrivains concerne, une fois encore, la façon de concevoir les grandes questions de la vie spirituelle, de la contemplation de Dieu, de l'ascèses individuelles et de l'oraison.
Après la conférence d'Issy, les polémiques reprirent avec la publication simultanée des Explications des maximes des saints sur la vie intérieure de Fénelon et de l'Ordonnance et instruction pastorale sur les états d'oraison de Bossuet, qui relancèrent les discussions et provoquèrent une intervention de Rome. Des raisons d'opportunité politique ne furent pas étrangères au fait qu'Innocent XII ait pris position contre les thèses de la perfection intense comme par amour, exempt même du désir de son propre salut, soutenues par Fénelon. Elles furent condamnées en 1699. Cependant Innocent XII reconnut à l'évêque de Cambrai son attachement au siège romain et la rapidité avec laquelle il s'était soumis, alors que le comportement de Bossuet paraît quelque peu opportun.
Innocent XII se situe à la fin du siècle, et pas seulement chronologiquement. Au moins sur le plan de l'histoire spirituelle, il faut reconnaître que ses interventions contre le quiétisme et contre les ultimes formulations du pur amour accélérèrent le crépuscule d'une sensibilité décote qui avait traversé l'Europe mystique et spirituelle de la seconde moitié du XVIIe siècle.
Levillain, Philippe et comité scientifique composé de Philippe Boutry, Olivier Guyotjeannin [et al.] (1994) Dictionnaire Historique de la papauté, Paris, Fayard, « Innocent XII »
