Jeanne-Marie Bouvier de la Motte Guyon
(1648-1717)
Innconu, Portrait de Jeanne-Marie Guyon, née Bouvier de La Motte (Digital collections) [Gravure] Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel http://diglib.hab.de/varia/portrait/a-08480/start.htm
Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, née en 1646, fut mariée en 1664 à un certain Jacques Guyon. À partir de 1668, elle connut des expériences mystiques et se mit sous la direction de divers maîtres spirituels. Veuve en 1676, elle rêva de nouvelles catholiques à Gex. En 1682, elle écrivit, dans un état d'exaltation mystique, Les Torrents spirituels, livre qui ne devait être publié (partiellement) qu'en 1704. Déjà suspecte aux évêques d'Annecy, puis de Grenoble, elle n'en publia pas moins, en 1685, un traité sur la vie spirituelle, Moyen court et très facile de faire oraison.
À partir de 1686, elle est à Paris où elle brille dans le cercle dévot des ducs, gendres de Colbert. Mais elle y a aussi des ennemis, et c'est le moment précis où, à Rome, est condamné le « quiétisme » de Molinos (1687). Mme Guyon est bientôt accusée, elle aussi, de quiétisme, internée dans un couvent, puis libérée sur intervention de Mme de Maintenon. C'est alors que son cas commence à devenir objet d'affrontement entre Fénelon, qui l'admire et la défend, et Bossuet qui la fera condamner. Entre-temps, Mme de Maintenon, inquiète de l'influence que Mme Guyon avait prise à Saint-Cyr, état passée du côté de ses adversaires. Emprisonnée à la Bastille de 1698 à 1703, mais jamais jugée, Jeanne-Marie Guyon finit sa vie paisiblement à Blois, entourée de quelques fidèles, notamment des Anglais et des Ecossais jacobites, et même des protestants auxquels elle proposait de dépasser les différences confessionnelles par la pratique de l'oraison et l'amour pur. Elle mourut en 1717.
Le cas de Mme Guyon illustre bien la position des femmes dans le catholicisme de la fin du XVIIe siècle. Aux yeux de Bossuet et de la plupart des évêques, il est inadmissible qu'une femme ose prétendre au rôle de guide spirituel. Fénelon s'est singularisé en se déclarant son disciple, et il l'a payé très cher.
Mayeur, Jean-Marie, et al. Histoire du christianisme des origines à nos jours Tome IX L'âge de raison (1620/30-1750). Desclée, Paris, 1997. P.308-309
