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Paul Godet des Marais

(1647- 1709)

Innconu, Portrait de Paul de Godet des Marais (Digital collections) [Gravure] Austrian National Library https://onb.digital/result/BAG_7496634

Il naquit en Janvier 1648, près de Blois, au château de Talcy; son père François Godet, sieur des Marais (ou des Marets) et de Talcy, capitaine de cavalerie au Régiment d'Enghien fut tué le 2 juillet 1652 à la bataille de Saint-Antoine combattant pour Monsieur le Prince.

Après la formation au Séminaire des Bons-Enfants tenu par les Lazaristes, puis, attiré par la sainteté de M. Tronson, à Saint-Sulpice dans la Petite Communauté créée vers 1672 pour les séminaristes de santé délicate. Paul Godet prend le bonnet de docteur le 31 août 1677.(...)

« Je serai toujours soumise à l'opinion de ces deux saints » écrivait Mme de Maintenon en Février 1691 parlant de M. de Chartres et de l'abbé de Fénelon; en fait l'influence de Godet des Marais est grande à Saint-Cyr : sur les conseils d'Hébert il parvient à bannir les représentations théâtrales, plus conséquent en cela que Bossuet. Mme Guyon certes vient beaucoup à Saint-Cyr, mais son apostolat reste discret. Quelques ombres néanmoins se dessinaient : la fondatrice trouve que l'on parle beaucoup de pur amour, elle a été obligée de renvoyer quelques demoiselles peu dociles, mesures que Godet des Marais a toujours approuvées comme il approuve la transformation de la maison en monastère régulier; l'évêque de Chartres joua alors un grand rôle mais son avis ne semble pas différer de celui de Bossuet, de Fénelon et des Lazaristes. Il fut amené à jouer un autre rôle à la suite de dénonciations de la propagande « quiétiste » venues de l'intérieur et de l'extérieur de Saint-Cyr. (…) Finalement, en accord avec lui, la fondatrice prie en Mars 1693 Mme Guyon de cesser ses visites à Saint-Cyr. Simultanément Godet des Marais travaille à élaborer un Traité de l'Esprit de l'Institut des Filles de Saint-Louis auquel Fénelon collabora beaucoup et à lutter contre l'influence « quiétiste » (…) 

M. de Chartres ne prend pas part aux entretiens d'Issy : en marge, il examine les écrits de Mme Guyon, il y relève des marques d'une perfection inconnue des Apôtres, le rejet des prières, des mortifications et des réflexions, une tendance à l'inaction, l'affirmation de l'impeccabilité du spirituel, et poussé par Mme de Maintenon, il essaie de convaincre M. Tronson d'être plus ferme. Fénelon, qui sait que M. de Chartres a entre les mains ses lettres à Mme de Maintenon, en justifie les expressions. D'ailleurs Godet des Marais, comme M. Tronson, hésite beaucoup et en cette fin de 1694 la femme du Roi préfère faire agir Bossuet en envoyant Mme Guyon à Meaux.

A Saint-Cyr, c'est toujours Godet des Marais qu'elle consulte, c'est à lui qu'elle conseille aux Dames de se soumettre; il est vrai que la plupart du temps il est prêt à céder à ses exigences et qu'elle va jusqu'à lui dicter des réponses; en revanche il la tient au courant de tout ce qu'il sait de Saint. (…) La relative médoration de M. de Chartres ne l'empêche pas de purger la Maison des écrits de Mme Guyon et de Fénelon et de travailler à vaincre la résistance de Mme de La Maisonfort. En même temps, dès Juillet 1695, de son propre mouvement ou cédant aux sollicitations, il prépare une Ordonnance qu'il publie le 21 novembre 1695 rien ne l'obligeait à cette publication : il y condamne, outre l'Analysis du P. Lacombe, le Moyen court, la Règle des Associés et le Cantique des Cantiques, le manuscrit des Torrents, procédé contre lequel proteste à juste titre Mme Guyon.(…)

L'évêque de Chartres intervient de nouveau lors de la publication de l'Explication des Maximes des Saints: Fénelon espérait en Janvier 1697 sa bienveillance et essayait d'agir sur lui soit directement soit par l'intermédiaire de M. Tronson ; mais au même moment, comme M. Tronson, M. de Chartres était l'objet de pressions de la part de Bossuet ; et si le sulpicien reste réservé, l'évêque de Chartres se laisse peu à peu dominer (…) il montre au contraire beaucoup de zèle contre le quiétisme et Fénelon reconnaît amèrement que l'on ne peut compter sur lui(…) Bossuet a l'initiative, mais M. de Chartres lui sert plus ou moins de caution, aussi stimule-t-il son zèle pour lui faire signer en Août 1697 la Déclaration des Trois Évêques qui dissipe les dernières illusions de Fénelon sur un ami de longue date.

Jacques Le Brun, « Paul Godet des Marais, évêque de Chartres (1648-1709) », dans Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, 1964-1968, tome 23, p. 47-78