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Titre
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Jansénisme
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Type
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Terme théologique
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Description
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Ce mouvement théologique de l'Église moderne (de la fin du XVIe au XVIIIe siècles) possède de nombreuses composantes spirituelles, ecclésiologiques, politiques et sociales. Il est à considérer à la lumière de la grande controverse sur le libre arbitre et la grâce, qui naît avec Luther, réfuté par Érasme (Humanisme chrétien), et Calvin. Le Concile de Trente, en donnant des définitions sur la collaboration de la liberté de l'homme à la grâce qui est toujours première, n'a pas entendu régler l'agencement des notions. C'est pourquoi, dans le catholicisme, des écoles de théologie s'affrontent dès le lendemain du Concile. La Papauté demande aux professeurs dominicains (S. Dominique) et jésuites (S. Ignace) de cesser leurs controverses sur ce sujet. Mais la lutte reprend lorsque certains théologiens réfutent la doctrine jésuite en la matière.
Le jansénisme proprement dit est issu du théologien Cornelis Jansen (1585-1638), dit Jansénius, évêque d'Ypres en 1633. Sa doctrine contenue dans l'Augustinus, publié en 1640, donc après sa mort, est diffusée par son grand ami, Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643), plus connu sous le nom de son abbaye poitevine, Saint-Cyran. Admirateur de Bérulle, mais adversaire du cardinal de Richelieu qui va jusqu'à l'emprisonner pour des raisons théologiques et politiques, Saint-Cyran est le véritable porte-parole de l'augustinisme janséniste en France.
Au début du XVIIIe siècle il devient un parti dans l'Église. C'est une nouvelle génération qui l'anime : le neveu de saint-Cyran, Barcos, et Pasquier Quesnel (1719), oratorien (S. Philippe Néri) et disciple du Grand Arnauld. Ce parti janséniste résiste lorsque Louis XIV décide d'en finir avec ces opposants au pouvoir absolu. Les moniales de Port-Royal sont dispersées et le monastère de la vallée de Chevreuse est rasé. Clément XI prononce la condamnation du jansénisme par la bulle Unigenitus de 1713. Désormais le jansénisme va verser dans les phénomènes mystiques avec les convulsionnaires de Saint-Médard autour de la tombe du diacre Pâris (♰1727), mais aussi dans le schisme. En 1723, un archevêque janséniste est consacré à Utrecht en Hollande où d'ailleurs le Grand Arnauld s'était exilé, inaugurant une Église séparée de la communion romaine. L'ecclésiologie janséniste, d'abord gallicane et épiscopalienne, s'est muée ensuite, chez Quesnel, en une insistance sur le rôle des prêtres, qui forment la structure démocratique de l'Église (Gallicanisme). Ceci explique peut-être en partie la rupture avec la Papauté.
Le jansénisme est un phénomène complexe. Pierre Chanu a pu distinguer un jansénisme des ''terres abritées'', Normandie, Poitou, Champagne, par exemple, plus revendicateur, négatif et même archaïque, et un jansénisme des frontières de la catholicité, Pays-Bas ou Lorraine, qui se situent en réaction ou surenchère par rapport au protestantisme, pour manifester que, dans le catholicisme aussi, il y a un primat de la grâce et une radicalité du comportement moral. Alors même que par bien des aspects (dévotion à l'Eucharistie, culte marial, retrait du monde) le jansénisme se démarque de la théologie protestante, dans les conflits sur la grâce, leurs positions sont proches. Les reproches de ''calvinisme'' et de ''républicanisme'' faits au jansénisme par la monarchie absolue, témoignent de cette identification.
Condamné sur le plan dogmatique, battu en brèche par Louis XIV dans le domaine politique et social, le jansénisme va en fait subsister dans le peuple chrétien par une certaine mentalité moralisante et rigoriste qui marque profondément le catholicisme des siècles suivants (sens aigu du péché, peur de la damnation, rigorisme). La réaction récente en montre paradoxalement l'importance historique.
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Références
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Bedouelle, Guy(1994) Dictionnaire d'Histoire de l'Église Chambray, CLD, « Jansnisme »