François de Salignac de La Mothe-Fénelon
(1651-1715)
Jaquotot, Marie-Victoire(1821), Portrait de François de Salignac de La Mothe-Fénelon, archevêque de Cambrai (1651-1715) (Département des Arts graphiques) [Miniature sur porcelaine] Musée de Louvre https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl020214525#
Né dans une famille de la noblesse périgourdine, Fénelon est élevé au collège des jésuites de Cahors et au collège parisien du Plessis, avant d'entrer, grâce aux recommandations d'un oncle proche de M. Olier, au séminaire de Saint-Sulpice.
Il y subit l'influence de M. Tronson qui le guide dans la vie spirituelle. Ordonné en 1675, il est « prêtre habitué » à la paroisse de Saint-Sulpice. Après des projets avortés de vie missionnaire au Proche-Orient, il s'occupe des Nouvelles catholiques de Paris (1679) avant d'être envoyé en Poitou et Saintonge pour y ramener les réformés à la foi catholique.
Il publie dans le cadre de cette controverse un Traité du ministère des pasteurs. Son vif intérêt pour la pédagogie se manifeste dans son Traité de l'éducation des filles (1687) et lui vaut d'être remarqué par Mme de Maintenon qui l'appelle à l'école de Saint-Cyr et le fait nommer précepteur des fils du Grand Dauphin. S'attachant particulièrement au duc de Bourgogne, son ambition est de faire de cet adolescent difficile pour lequel il éprouve une réelle affection un prince selon le cœur de Dieu.
À son intention, il écrit un recueil de Fables, les Dialogues des morts et les Aventures de Télémaque, imitées de l'Antiquité, où il s'efforce « d'instruire en amusant ». Une profonde amitié spirituelle le lie à la même époque à Mme Guyon dont la doctrine du « pur amour », qui appelle à se perdre en Dieu dans un état de totale indifférence, le séduit (1688).
Non dénué d'ambition, il réunit autour de sa personne les hommes du « parti dévot » - au premier rang desquels se trouvent les ducs de Beauvillier et de Chevreuse - qui constituent un groupe d'opposition à la politique de Louis XIV. Mme Guyon ayant été accusée de quiétisme, il conseille à celle-ci la soumission tout en défendant sa cause aux conférences d'Issy (1695) devant Bossuet, Noailles et Tronson chargés d'examiner sa doctrine. Sa brouille avec l'illustre orateur, qui l'avait jusque-là tenu pour un de ses proches, s'exprime à travers son Explication des maximes des saints sur la vie intérieure (1697) où il tente de montrer dans « l'état d'amour pur », où « Dieu n'est plus aimé ni pour le mérite, ni pour la perfection, ni pour le bonheur qu'on doit trouver en l'aimant », le sommet de la contemplation et, par-là, de la vie spirituelle.
Privé de l'appui de Mme de Maintenon, à qui il devait sa nomination à l'archevêché de Cambrai (1695), il tombe en disgrâce et doit gagner son diocèse comme pour un exil. Calomnié en cours de Rome, le bref Cum alias (1699) le désavoue et condamne vingt-trois propositions tirées de son livre comme « scandaleuses et téméraire ».
Il adhère simplement, absolument et sans aucune restriction à la décision d'Innocent XII qui lui garde son estime et son affection. La condamnation de Fénelon et la violence de la polémique qui l'entoure devaient durablement discréditer l'expérience mystique dans le champ religieux français.
Excellent pasteur, il passe ses dernières années au milieu de son peuple, dans une grande attention aux plus humbles.
Tout en finesse, d'une sensibilité frémissante, Fénelon continue aujourd'hui de séduire. Grand seigneur profondément attaché à sa noblesse, il se révèle, dans sa dénonciation de l'absolutisme et son rêve d'une société idéale, contestataire et moderne. Non sans une certaine naïveté, il affiche un amour de la liberté et de la raison qui l'ont parfois fait passer paradoxalement pour un précurseur des Lumières. Prodigieux exercice d'illusionniste qui témoigne de sa capacité toujours actuelle de fascination.
